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OEUVRES LIBRES




Donc, à la lointaine époque où je cherchois à Paris, petit provincial que j'étais, des ouvrages plus ou moins rares, en partant de la Place de l'Odéon chez les nombreux soldeurs de livres et les bouquinistes des quais de la Seine, je rencontrai avec délice des ouvrages promis autrefois à l'enfer de la Bibliothèque Nationale Française et réimprimés par quelques petits éditeurs en mal de tirage... si j'ose m'exprimer ainsi.

Or donc, je découvris des poètes classiques, des textes qui me firent d'abord rougir puis, de nombreuses années plus tard, me donnèrent des regrets !




A CELLE QUE L'ON DIT FROIDE

Tu n'es pas la plus amoureuse
De celles qui m'ont pris ma chair;
Tu n'es pas la plus savoureuse
De mes femmes de l'autre hiver.

Mais j'adore tout de même !
D'ailleurs ton corps doux et bénin
A tout, dans son calme suprême,
De si grassement féminin,

De si voluptueux sans phrase,
Depuis les pieds longtemps baisés
Jusqu'à ces yeux clairs purs d'extase,
Mais que bien et mieux apaisés !

Depuis les jambes et les cuisses
Jeunettes sous la jeune peau,
A travers ton odeur d'éclisses
Et d'écrevisses fraîches, beau,

Mignon, discret, doux petit Chose
A peine ombré d'un or fluet,
T'ouvrant en une apothéose
A mon désir rauque et muet,

Jusqu'aux jolis tétins d'infante,
De miss à peine en puberté.
Jusqu'à ta gorge triomphante
Dans sa gracile vénusté.

Jusqu'à ces épaules luisantes,
Jusqu'à la bouche, jusqu'au front
Naïfs aux mines innocentes
Qu'au fond les faits démentiront,
Jusqu'aux cheveux courts bouclés comme
Les cheveux d'un joli garçon,
Mais dont le flot nous charme en somme,
Parmi leur apprêt sans fraçon,

En passant par la lente échine
Dodue à plaisir, jusqu'au
Cul somptueux, blancheur divine,
Rondeurs dignes de ton ciseau,

Mol Canova ! Jusqu'aux cuisses
Qu'il sied de saluer encor,
Jusqu'aux mollets, fermes délices,
Jusqu'aux talons de rose et d'or !

       




TABLEAU POPULAIRE

L'apprenti point trop maigrelet, quinze ans, pas beau,
Gentil dans sa rudesse un peu molle, la peau
Mate, l'oeil vif et creux, sort de sa cotte bleue,
Fringante et raide au point, sa déjà grosse queue
Et pine la patronne, une grosse encore bien,
Pâmée au bord du lit dans quel maintien vaurien,
Jambes en l'air et seins au clair, avec un geste !
A voir le gars serrer les fesses sous sa veste
Et les fréquents pas en avant que ses pieds font,
Il appert qu'il n'a pas peur de planter profond
Ni d'enceinter la bonne dame qui s'en fiche,
(Son cocu n'est-il pas là confiant et riche ?)
Aussi bien arrivée au suprême moment
Elle s'écrie en un subit ravissement :
"Tu m'as fait un enfant, je le sens, et t'en aime
D'autant plus" - "Et voilà les bonbons du baptême !"
Dit-elle, après la chose; et tendre à croppetons,
Lui soupèse et pelote et baise les roustons.




SONNETS DU TROU DU CUL

Paul Verlaine :

Obscur et froncé comme un oeillet violet
Il respire, humblement tapi parmi la mousse,
Humide encor d'amour qui suit la pente douce
Des fesses blanches jusqu'au bord de son ourlet.

Fécit

                                                                                       Arthur Rimbaud



Ma bouche s'accouple souvent à sa ventouse
Mon âme, du coït matériel jalouse,
En fit son larmier fauve et son nid de sanglots.

C'est l'olive pâmée et la flûte câline
C'est le tube où descend la céleste praline
Chanaan féminin dans les moiteurs éclos.

Invenit


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Outre des illustrations de Félicien Rops, cette édition de textes très libres des deux grands poètes Verlaine et Rimbaud, a été réalisée par les Editions Baudoin à Paris en 1979.

Pour cette page sur  mon site :

© Editions Marc Yvain, Lausanne, décembre 2009.


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